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logo Aperçu historique du château Saint-Jean

logo Genèse du château Saint-Jean
 

Le château Saint-Jean domine la ville de Nogent-le-Rotrou, cité et capitale du Perche des seigneurs qui l'ont érigé. Il commande et surveille cinq vallées, les voies reliant Chartres et Le Mans, ainsi que les accès de Châteaudun et Thiron. Bâti sur un éperon rocheux, il domine la vallée de l'Huisne d'environ soixante métres. Il s'agit donc d'un emplacement stratégique de choix.

Afin de comprendre la raison d'être de cette place forte au sein du Perche, il faut entreprendre un voyage dans le temps. Le roi de France Charles III dit le Simple tente de remédier aux raids des guerriers scandinaves, les Vikings, qui se déroulent depuis le IXe siècle. En 911, par le traité de Saint-Clair-sur-Epte, Charles III installe ces hommes du Nord et leur chef Rollon, les Normands, sur les côtes de la Manche espérant ainsi mettre fin à leurs pillages. Cependant, l'appétit territorial des Normands n'est pas freiné puisqu'en 931 leur domaine s'étend jusqu'à Evreux, Sées et Alençon.

Le Perche, région richement boisée et au relief accidenté, devient donc une marche, une frontière, une zone tampon qui sépare le Duché de Normandie et le royaume de France. Le comte de Chartres, Thibault le Tricheur, vassal du roi de France, envoie à Nogent, au milieu du Xe siècle, l'un de ses fidèles, Rotroldus afin que celui-ci surveille ses turbulents voisins Normands. Ce seigneur est le fondateur de la dynastie des Rotrou qui prennent en 1079 le titre de comte du Perche.

logo L'architecture du château Saint-Jean ( du XIe au XVIe siècle)
 


Il est fort possible que Rotrou ait construit un château en bois, tour et palissade. Cependant, aucune source écrite ou témoignage archéologique ne viennent confirmer cette hypothèse.

Le donjon rectangulaire, en pierre et silex de la région, est érigé au tout début du XIe siècle, par Geoffroy III, petit-fils de Rotrou. Il prend place sur une motte de terre artificielle. A l'époque féodale, les châteaux forts, pour des raisons défensives, sont édifiés sur des hauteurs. A Nogent-le-Rotrou, cette terre provient des fossés qui enserrent la place. Il faut souligner que les donjons bâtis en matériaux solides datant du tout début de l'an mil sont rares et nous renseignent sur la fortune et le rang des seigneurs qu'ils abritaient. C'est le privilège des grands qui peuvent mobiliser des moyens financiers importants afin de réunir et payer des maîtres d'œuvre, charpentiers, tailleurs de pierre et maçons. Cet édifice mesure 22 m de long sur 16 m de large pour une hauteur comprise entre 30 m et 34 m. Un bâtiment rectangulaire, dont il ne subsiste plus rien aujourd'hui, était accolé contre le donjon. Un plan incliné ou une échelle permettait d'y accéder. Les contreforts viennent renforcer les angles du donjon et tentent d'éliminer les angles morts. Ils datent du XIIe siècle.

L'enceinte circulaire et les sept tours rondes sont des aménagements des XIIe-XIIIe siècles. Les seigneurs de Nogent suivent les transformations de l'architecture militaire. Le donjon est en position avancée et les tours sont construites afin de renforcer la place forte aux endroits les plus exposés. Les tours crénelées, perçées d'archères, sont désormais rondes afin d'éliminer les angles morts et d'assurer une meilleure défense. L'architecture s'adapte en effet aux nouvelles machines de guerre. De même, elles reçoivent, par eXemple, les boulets de trébuchets, à l'instar de ceux retrouvés à l'intérieur du donjon, sans s'écrouler comme les tours rectangulaires ou carrées. Les trébuchets sont de grandes frondes à levier et contrepoids. L'enceinte de la place forte est cernée par des fossés profonds de 7 à 8 m et larges d'environ 20 m. Il n'y eut jamais d'eau du fait de la hauteur du lieu. Toutefois ce système de défense était efficace puisque les assaillants se trouvaient dans l'obligation d'avancer à découvert pour entreprendre des travaux de sape. Quant aux tours d'attaque en bois, le problème de la largeur du fossé se posait. L'entrée du château est protégée par deux tours entre lesquelles prend place un pont-levis qui disparut à l'époque moderne. Aujourd'hui, il subsiste dans les murs, sous le porche, les rainures indiquant l'emplacement où tombaient deux herses qui complétaient l'ensemble. Tant que l'artillerie n'entre pas en scène, que les vivres sont abondantes et les défenseurs vigilants, ce château médiéval est imprenable.

La façade du donjon, dont des silex sont assemblés en "feuilles de fougère" comporte de nombreux trous carrés, à intervales réguliers. Il s'agit de trous de boulins. Les charpentiers médiévaux glissaient l'extrémité de pièces de bois horizontales, les boulins, dans ces espaces afin d'ériger des échafaudages. La construction une fois achevée, ces derniers disparaissaient, seuls les trous subsitaient. Les murs du donjon ont une épaisseur de 3,50 m à la base, 5 m si l'on prend en compte les contreforts. A chaque étage, nous en comptons trois, les murs perdent 0,50 m et ce pour installer les planchers de bois. Au sommet de cette imposante tour quadrangulaire prenait place une toiture, en bois, probablement plate dont la surface était de 352 m2. Cette structure nécessitait une protection contre les flèches enflammées, envoyées par les assaillants afin de créer des incendies. Il semble que la parade consistait en l'installation de peaux de bêtes, mouillées lors des attaques. Un chemin de ronde large d'1,10 m environ permettait aux guetteurs de surveiller les seigneurs des alentours, ainsi que les aXes de la Normandie et du Maine. Ils dominaient ainsi du haut du donjon la vallée de l'Huisne d'environ 90 m.

Au rez-de-chaussée, comme au premier étage, il existait un mur de refend partageant l'ensemble en deux pièces inégales. Aucune cheminée ni fenêtre n'était aménagée. Cependant, un puits d'une profondeur de 47 m fut creusé dans la tour d'accès. De même les bâtisseurs aménagèrent une cave sous le donjon. Le rez-de-chaussée servait donc de reserve et permettait, avec les vivres engrangées et l'eau, de soutenir un long siège.

Les étages servaient d'appartements au seigneur et à sa famille. Les parois du donjon ont gardé les empreintes de nombreux remaniements. Sur la façade Nord du premier étage, une porte était perçée. Elle est de nos jours murée. Il reste également dans les murs la trace de cheminées avec leurs conduits de fumée.

Le second ainsi que le troisième niveaux ne comprenaient qu'une cheminée et trois fenêtres. Les seules ouvertures qui existaient au XIe siècle se situaient au dernier étage. Ces trois petites baies en plein cintre sont toujours visibles aujourd'hui. Au XIIe siècle, d'autres fenêtres furent aménagées, telles les baies géminées à lancettes en arc légèrement brisé et tympan perçé d'un "oculus" en forme de losange.

Les murs du donjon ont conservé certains aménagements témoignant du confort qui pouvait malgré tout régner dans les châteaux forts médiévaux. Ainsi, le troisième étage abritait vraisemblablement une "salle d'eau". Une cuvette de pierre avec un écoulement pour l'eau débouchant sur l'extérieur est conservée dans les murs. Cet ensemble encore visible est assez rare. Autre signe de confort et d'hygiène, les latrines situées au second étage, dans un contrefort. Elles sont visibles de l'extérieur, sur la façade Est du donjon. Il est possible de voir l'emplacement du couloir et de la porte débouchant sur une pierre en arc de cercle perçée au centre. Des trous de boulins supportaient la structure de bois masquant ces latrines.

Au deuxième étage, à l'intérieur des murs du donjon, dans le contrefort Sud-Ouest, se trouve une pièce de 2 m de côté où sont disposées deux ouvertures, des fentes larges de 8 cm. Les parois sont constituées de pierre de taille. Cette petite salle passe pour un cachot. Cependant, il est possible de formuler d'autres hypothèses. Ne s'agit-il pas d'un espace réservé à la vie quotidienne puisque ces étages étaient destinés à abriter le seigneur et sa famille. Le seul témoignage de l'agencement de ce lieu est celui du docteur Jousset de Bellesme qui a profité des échafaudages lors de travaux au début du XXe siècle pour le visiter. Il remarqua à 65 cm au-dessus du pavé une cuvette taillée dans la pierre. Elle correspond à une étroite ouverture qui traverse en diagonale le mur pour déboucher sur le côté du contrefort, au-dessus d'une pierre saillante. Il releva de nombreux graffiti gravés tant sur les murs que sur le sol. Il ne s'agit pas de textes mais de dessins : de nombreux écussons et blasons, des guerriers à cheval, des chevaux, un calvaire et autres.

Les ouvertures du rez-de-chaussée ainsi que plusieurs fenêtres et les crénaux du donjon sont des réalisations et restaurations commandées par les différents propriétaires du château qui se sont succédé au cours du XIXe siècle. Nous les détaillerons ultérieurement dans un souci chronologique.

A proximité de la façade Sud du donjon, une chapelle, dédiée à saint Etienne s'élevait au début du XIIe siècle. Elle disparut lors d'un assaut durant la guerre de Cent Ans qui ruina l'intérieur du donjon.

La place forte de Nogent-le-Rotrou est entourée d'une enceinte presque circulaire et compte sept tours. Ces structures datent de la fin du XIIe siècle ou du début du XIIIe siècle. Les tours rondes furent érigées afin de renforcer le système défensif. Elles ont été en effet bâties aux endroits les plus fragiles, là où les assaillants pouvaient se concentrer avec des machines de guerre, à l'instar des trébuchets. Aucune tour ne prend place à l'ouest, partie du site naturellement escarpée et étroite.

Deux tours encadrent le pont-levis. Les cinq autres portent le nom des seigneurs, vassaux des Rotrou, chargés d'assurer leur défense. Accolée au donjon se trouve la tour de La Chaise. Elle protégeait le donjon, fragilisé par sa surface plate et permettait de surveiller, par sa position avancée, l'accès au pont-levis et l'espace la séparant de la tour suivante. En longeant le chemin de ronde de l'enceinte qui était pourvu de créneaux, les gardes pénétraient à l'intérieur de la tour de Mondoucet. Viennent ensuite les tours Saint-Georges, Saint-Victor-de-Buthon et Brunelles.

Les tours comprenaient des cachots souterrains. Pendant la Révolution, elles servirent de prison. La tour Saint-Georges est celle qui a le mieux résisté aux assauts des hommes et du temps. Elle comporte trois étages. Une ouverture carrée est perçée au centre du rez-de-chaussée. La salle qui s'ouvre au-dessous a la forme d'une bouteille. Il s'agit d'un goulot étroit, puis le reste de la construction part en s'évasant. Longtemps la légende a fait passer ce lieu comme les oubliettes du château féodal de Nogent-le-Rotrou. Il n'en est rien. Cet espace est une réserve à grain. Ce silo évitait la famine lors des sièges. Les parois sont en pierre de taille, avec des trous d'aération pour la circulation de l'air. Plus tard, la tour servit de prison. Ainsi, un prisonnier lettré a gravé sur l'unique meurtrière du rez-de-chaussée une inscription en latin, en caractères gothiques "Robyau... en l'année 1540 fut jeté dans la Ronne... le mardi... paix". Dans l'une des tours d'entrée, un graffiti du XVIe siècle nous apprend que "Lubin Normand... fut mis en cette prison le mardi après...". Il existe également des potences gravées dans la pierre. Il est vrai que les seigneurs de Nogent disposaient d'un droit de basse, moyenne et haute justice. Cette dernière est le pouvoir de condamner à la peine de mort.

Jouxtant la tour d'entrée, à droite en passant sur le pont-levis, se trouve une pièce dont les voûtes reposent sur un pilier central triangulaire. Ce lieu nommé "Salle des gardes" est doté d'une cheminée et d'une fenêtre datant du XVe siècle.

L'intérieur de l'enceinte du château se divise en deux cours. La haute cour est celle où prennent place le donjon, la chapelle, les tours de Mondoucet, Saint-Georges et Brunelles. Dans la basse cour qui comprend la tour Saint-Victor-de-Buthon étaient implantées les écuries. Un mur sépare les deux terrasses et retient la terre du premier niveau. Un puits s'y trouve encastré. Il est aussi profond que celui du donjon, soit environ 47 m. Ce puits se révèle très pratique puisqu'il est équipé de deux ouvertures permettant de puiser de l'eau de chacune des cours. De même, il faut signaler l'existence de citernes à l'intérieur des murs de la place forte.

A la Renaissance, le château connaît des changements architecturaux. Lors de la guerre de Cent Ans, la structure de bois à l'intérieur du donjon fut détruite par un incendie. Il ne reste donc plus que les murs, dont l'un au Nord-Est, porte une gigantesque brèche qui le déchire du sommet jusqu'a la base. En 1503 les Demoiselles d'Armagnac héritent du château médiéval. Elles font entreprendre une série de travaux afin de rendre les lieux plus confortables et au goût du jour. Les deux tours d'entrée sont surélevées et couronnées de mâchicoulis esthétiques et non défensifs. Au-dessus du pont-levis, entre des fenêtres à meneaux se trouvent deux plaques. La première sculptée en haut relief représente les armoiries des d'Armagnac. La seconde, traitée en bas relief, porte un profil d'homme dans un médaillon, de facture Renaissance. Ces Dames de Nogent reconstruisent un logis au-dessus du passage voûté en berceau. La porte menant à l'escalier pour gravir les étages est de style flamboyant. Les 155 marches reliant le vieux Nogent au plateau où est implanté le château leur sont également attribuées.

En 1624, l'ancien ministre d'Henri IV, le duc de Sully acquiert le château Saint-Jean. Il pense détruire le donjon afin de bâtir une demeure répondant aux canons de son époque. Cependant, il abandonne ce projet et fait construire un petit pavillon de style Louis XIII afin d'y loger l'intendant de son nouveau domaine. Sur l'ordre du duc, une allée de plus de 90 ormes fut plantée sur le pourtour extérieur de l'enceinte.

A la Révolution française, aucune destruction concernant le château n'est à signaler, hormis des tirs sur les contreforts.

Comme de nombreux châteaux et autres monuments au XIXe siècle, le site fut la proie d'un démolisseur, intéressé par les pierres de taille. Julien Etiembre achète donc le château. Devenu propriétaire des lieux en 1826, il tente de faire exploser les tours de Mondoucet et Brunelles pour vendre les pierres de taille. Les parois des tours se séparent en deux. Il coupe également les ormes de l'allée afin de vendre le bois. Après l'interdiction de manier la poudre, il cède le château.

En 1843, Œillet des Murs achète le château et le restaure. La brèche du donjon est masquée par un mur de placage surmonté de mâchicoulis. Des fenêtres ont aussi été aménagées. Les planchers et plafonds du logis sont rétablis. Dans un désir de rendre habitable le vieux donjon des Rotrou, Œillet des Murs y fait ouvrir une porte et des fenêtres au rez-de-chaussée.

Dans ces travaux, il engloutit une grande part de sa fortune et préfère se séparer du château qu'il vend au docteur Jousset de Bellesme en 1885. Ce dernier entreprend quelques fouilles et décide de restaurer le haut du donjon entre 1904-1906. Après des recherches, il estime qu'il présente de nombreuses similitudes avec celui, entre autres, de Rochester en Grande-Bretagne, propriété des Rotrou.

Lors de la Seconde Guerre mondiale, les Allemands occupent le site et font réaliser un escalier afin d'installer un poste anti-aérien au sommet du donjon. La toiture du château essuye, lors de la libération de Nogent-le-Rotrou, des tirs de chars allemands.

Classé monument historique et propriété municipale depuis 1950, le château Saint-Jean est restauré au fil des années.

Seigneurs du château Saint-Jean et faits remarquables

Avec l'érection d'une telle place forte et le titre de comte du Perche, la dynastie des Rotrou affirme sa puissance et sa suzeraineté. Le Perche et le château fort de Nogent jouent un rôle important au cours de la période médiévale.

Rotroldus, fidèle du comte de Chartres et Blois est délégué par celui-ci afin de surveiller la marche séparant son domaine de la Normandie. Son gendre, Geoffroy II lui succède. Geoffroy III, petit-fils de Rotroldus n'hésite pas à piller les terres de l'église-cathédrale de Chartres. L'évêque Fulbert en appelle au roi de France. Geoffroy III, dans le dessein de se repentir, entreprend de fonder l'abbaye Saint-Denis à Nogent. C'est en ce lieu sacré que furent inhumés les Rotrou. Geoffroy III est assassiné en 1039 alors qu'il quitte la cathédrale de Chartres.

Son fils Rotrou II (1039-1079) accompagne le Duc de Normandie, Guillaume le Conquérant, en 1066, en Angleterre où ce dernier victorieux à Hastings devient roi. Les Rotrou disposent de terres en Grand-Bretagne. Le château de Rochester appartient à ces seigneurs percherons.

Son héritier, Geoffroy IV (1079-1100) est le premier a porter le titre de Comte du Perche et ce en 1079. Rotrou III son fils lui succède. Bérengère de Castille épouse de Richard Cœur de Lion et Sanche VII dit le fort, roi de Navarre, sont les descendants de Geoffroy IV.

Rotrou III dit le Grand, Comte du Perche de 1100 à 1144, participe à la Première Croisade et au siège de Jérusalem en 1099. Il quitte à six reprises son comté afin d'aller guerroyer contre les Maures en Espagne et prendre part à la Reconquête. Il combat donc au côté de Rodrigue, le Cid Campeador. Le roi d'Espagne, Alphonse le Batailleur lui remet en récompense de ses hauts faits d'armes la moitié de Saragosse. D'ailleurs, un quartier porta longtemps le nom d'"Alperche".

Rotrou III épouse en premières noces Mahaut la fille naturelle du roi d'Angleterre. Celle-ci périt dans le naufrage de la Blanche-Nef avec son frère, l'héritier de la couronne. Rotrou, pour le repos de l'âme de sa femme fonde l'abbaye de La Trappe. Il donne aussi des terres pour que soit fondée l'abbaye de Thiron. Sa nièce se marie avec un grand seigneur Espagnol, qui devient roi de Navarre. Ainsi, Blanche de Castille, la mère de Louis IX, c'est-à-dire saint Louis, est une descendante des Rotrou.

Rotrou IV, Comte du Perche de 1144 à 1191, et fils de Rotrou III devient le beau-frère de Louis VII le Jeune. Lors des nombreux conflits opposant le roi d'Angleterre Henri II Plantagenêt au souverain Français, le Comte du Perche joue un rôle prépondérant. En 1189, Philippe Auguste se poste à Nogent-le-Rotrou et se lance à la poursuite du roi d'Angleterre en envahissant le Maine et la Touraine. Rotrou IV accompagne son souverain, avec Richard Cœur de Lion à la Troisième Croisade. Il trouve la mort au combat sous les murs de Saint-Jean d'Acre.

Son fils, Geoffroy V, Comte du Perche de 1191 à 1202, désire retourner en Terre Sainte. Cependant, il meurt à Soissons alors qu'il a rejoint les chevaliers croisés.

Thomas devient donc Comte du Perche à la mort de son père en 1202. Compagnon du prince héritier Louis, fils de Philippe Auguste, il participe à la bataille de Bouvines en 1214. Il part avec le prince Louis (il s'agit de Louis VIII qui règne quelques années plus tard) à la conquête de l'Angleterre en 1217. C'est la défaite de Lincoln où périt Thomas. Un chroniqueur rapporte que "Messire Louys le sut, il ressentit la plus grande douleur qu'il n'eut jamais, car c'était un de ses proches parents par le sang". Le Comte de Chartres, ami de Thomas, offrit à la demande de celui-ci un vitrail à la cathédrale de Chartres. Il s'agit du vitrail du Zodiaque où les travaux champêtres sont mis en scène. Une légende latine y figure : "le comte Thibault l'a donné sur les prières du Comte du Perche".

Guillaume, évêque de Châlons-sur-Marne, Pair de France, oncle paternel de Thomas hérite du titre de Comte du Perche. Etant sans héritier proche, il promet ses terres du Perche à Philippe Auguste. Guillaume meurt en 1226 et Blanche de Castille, belle-fille de Philippe Auguste et mère de saint Louis hérite du Perche.

Saint Louis, afin de régler la succession des Rotrou, donne le château de Nogent et quelques terres à Jacques de Château-Gontier. La seigneurie de Nogent appartient à différentes familles, au gré des mariages contractés. Entre les XIIIe et XIVe siècles, le château est possédé par les Ducs de Bretagne, la Comtesse de Flandre, les Comtes de Bar et les Comtes de Saint-Pol.

Dès 1226, le château de Nogent n'est plus placé sur une marche. Il retrouve un rôle défensif lors de la guerre de Cent Ans puisque la Normandie et le Perche sont revendiqués par les rois d'Angleterre. De plus, le Perche est une région de passage pour les troupes engagées dans ce conflit.

En 1359, les Anglais sont maîtres de Nogent. Par le traité de Brétigny, en 1360, le roi d'Angleterre Edouard III doit restituer les forteresses occupées par ses troupes. Charles V commande de remettre les châteaux forts en état.

En 1424, la ville de Nogent se rend au Comte de Salisbury et le château passe une nouvelle fois aux mains des Anglais. L'année 1427 est celle de la reconquête du château Saint-Jean par les Français. Victoire de courte durée puisqu'en 1428, Salisbury, qui s'était octroyé le titre de Comte du Perche, se rend maître de la place forte au cours d'un assaut des plus violents. La résistance de la garnison française est organisée par un capitaine Gascon, La Pallière. Il fait boucher les fenêtres du donjon avec des pierres séches -non liées par du mortier- pour éviter tout risque d'incendie à l'intérieur avec des flèches enflammées. Ce système de défense est encore visible de nos jours. La toiture est protégée par des cuirs humidifiés.

Malgré toutes les précautions prises par les défenseurs, un incendie se déclare dans le donjon. En outre, des boulets de trébuchets, voire de "bouches à feu", ancêtres des canons, créent une brèche à l'angle Nord-Est du donjon. Depuis, elle est nommée "brèche des Anglais". De 1428 à la fin du XIXe siècle, cette tour quadrangulaire reste calcinée avec ses structures intérieures effondrées. Le docteur Jousset de Bellesme déblaye et fouille le donjon. Il y découvre les squelettes de deux défenseurs français, écrasés par la chute des plafonds en 1428.

Les Anglais quittent le Perche en 1447. Désormais, le château perd son rôle de place forte surveillant une frontière et une région soumise aux passages de troupes en armes.

En 1503, les Demoiselles d'Armagnac, deux sœurs, Charlotte et Marguerite, deviennent "Dames de Nogent".

Le château de Nogent appartient par la suite à la famille des Bourbon-Condé. L'ère d'une vie fastueuse débute. En 1558, la rédaction des Coutumes du Grand-Perche se déroule à Nogent et donne lieu à des réjouissances. A la fin de l'année 1560, la baronnie de Nogent est érigée en duché-pairie et prend le nom d'Enghein-le-François. L'année 1566 voit la naissance de Charles de Bourbon, Comte de Soissons, au château. Pour fêter l'événement, une pièce, Le Jugement de Pâris, est jouée. Marie de Bourbon, duchesse d'Estouville interprète Aphrodite et les poètes de la Pléïade, Ronsard, du Bellay, Belleau natif de Nogent, pour ne citer qu'eux lui donnent la réplique.

Quelques années plus tard, durant les guerres de Religions, il est possible que la tour de la Chaisse ait été arasée afin de recevoir des pièces d'artillerie.

En 1624, le duc de Sully, Maximillien de Béthune achète au prince Henri II de Condé le château et les terres qui y sont attachées. La ville est désormais appelée Nogent-le-Béthune. Le duc décida d'être inhumé à Nogent. La ville abrite ainsi son tombeau. Sully et son épouse sont en orant. La statue du duc est l'œuvre de Barthélémy Boudin.

En 1744, pour fêter la guérison de Louis XV, un Te Deum fut entonné et sur les ordres du duc de Sully, la façade du château fut illuminée. Cet épisode fut rapporté par le journal le Mercure de France, qui publiait notamment les nouvelles de la Cour.

En 1779, les héritiers de Sully vendent le château au comte d'Orsay, l'un de leurs cousins. Les révolutionnaires s'emparent des lieux en 1789. La ville change une fois de plus de nom et devient Nogent-le-Républicain.

Victor Hugo, en 1836, visite ce lieu qu'on avait voulu lui vendre. Il écrit ces quelques lignes à son épouse : "Nanteuil en fait pour toi un croquis de souvenir (...) l'extérieur du château est encore très beau et domine superbement un immense horizon de plaines ondulantes". Malheureusement, l'intérieur nécessite déjà des restaurations.

Le 11 août 1944, la ville de Nogent était libérée par les résistants. Ils durent aussi se battre au château où les Allemands avaient installé une défense anti-aérienne et contrôlaient les environs grâce à leur position élevée.

En 1950, la ville achète le site aux héritiers du docteur Jousset de Bellesme.


 

Aujourd'hui


Le donjon érigé par de grands seigneurs qui ont pris une part active dans l'histoire de l'Europe et lors des Croisades aura bientôt mille ans. Il constitue un ensemble architectural imposant et extrêmement précieux.

Le château Saint-Jean de Nogent-le-Rotrou a fait l'objet de campagnes de restauration. Il est ouvert au public toute l'année. Les murs du logis Renaissance abritent un Musée consacré à la vie dans le Perche au XIXe siècle, vie quotidienne et industrie. Toutes les pièces, hormis le donjon peuvent être parcourues et font l'objet de visites-conférences.

Une nouvelle campagne de restaurations, programmée sur plusieurs années débute en 2000. Elles vont porter sur le donjon, lequel fera l'objet de recherches effectuées par des équipes d'archéologues. Le but est d'amménager cette tour quadrangulaire afin que tous puissent profiter de ce patrimoine et qu'il continue à défier les siècles.
 


Gwénaëlle Hamelin

Société Philatélique du Perche

Orientations bibliographiques

Denis, Ernest, La Seigneurie de Nogent, Nogent-le-Rotrou,1927.

Fret, L. Joseph, Antiquités et chroniques percheronnes ou recherches sur l'histoire civile, religieuse, monumentale, politique et littéraire de l'ancienne province du Perche et pays limitrophes, 1840.

Jousset de Bellesme, Le château féodal de Saint-Jean à Nogent-le-Rotrou, ses transformations dans le cours des siècles, Mamers, 1912.

Melmoth, Françoise, "Les machines de guerre", L'Archéologue, L'Archéologie nouvelle, n° 42, Juin-Juillet 1999.

Œillet des Murs, Histoire des Comtes du Perche de la famille des Rotrou, de 943 à 1231, 1856, 1991.

Œillet des Murs, Ephémérides du Château de Nogent-le-Rotrou sous Louis Ier de Bourbon, prince de Condé, 1887.

Œillet des Murs, Ephémérides du Château et de la ville de Nogent-le-Rotrou sur les principaux Seigneurs de cette Baronnie, Nogent-le-Rotrou, 1888.

Siguret, Philippe, Le château Saint-Jean de Nogent-le-Rotrou, Cahiers Percherons, 1957, 3e éd. 1977.


Le château au Xème et XIème siècle

Le château au XIIème siècle
Le château au XIIIème et XIVème siècle

Le château au XVIème siècle
Le château au XVIIème et XVIIIème siècle
Le château du XIXème au XXIème siècle

Mise à jour le Mardi, 07 Mai 2013 10:48
 
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