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1. Les origines de l'entreprise

Vers 1905-1906, une fabrique de pianos automatiques naissait à Nogent-le-Rotrou. Sa fondation fut le fruit de l'association de deux frères, Céleste et Camille Magnan, nés à Nogent-le-Rotrou, respectivement en 1882 et 1886.

Quelles pouvaient être les raisons qui ont motivé la création d'une telle entreprise en terre percheronne, dans la cité de Nogent-le-Rotrou ? En 1901, le père de Céleste et Camille, originaire de La Gaudaine (Eure-et-Loir), exerçait la profession de maître d'hôtel, 6, place du Marché, à l'hôtel de la Boule Verte. En ce temps, fin du XIXe siècle et début du XXe siècle, tous les propriétaires de cafés, restaurants et hôtels possédaient ou louaient un piano mécanique ou automatique qui fonctionnait grâce à une pièce de monnaie et quelques tours de manivelle. N'était-ce pas l'ancêtre lointain du juke-box ? Ce type de piano offrait aux cafetiers, restaurateurs et hôteliers une animation musicale à moindre frais puisqu'ils ne pouvaient s'allouer les services d'orchestres à demeure. Que de souvenirs pour les danseurs qui s'étaient aventurés sur les airs des pianos automatiques Magnan.

Céleste et Camille Magnan choisirent donc d'installer leur usine rue de Ruet, dans l'un des trois moulins dénommé le moulin d'À-Haut. Chacun de ces moulins possédait une roue à aubes et la chute d'eau totale était de 13,50 mètres. L'eau du canal d'Arcisses, dont la construction avait été entreprise entre 1120 et 1130, Rotrou III étant alors à la tête du comté du Perche, fournissait l'énergie nécessaire.

Usine Magnan

Le moulin accueillant en son sein la Maison Magnan était celui situé le plus en aval des trois. Il servait de lieu de production et d'exposition. Les frères Magnan devenaient propriétaires des bâtiments en 1917.

Ils achetaient, en 1919, divers terrains à Margon (Eure-et-Loir), dont l'un en bordure de la route nationale (emplacement actuel des établissements Cabaret et Bourgeteau). Ils y construisaient un bâtiment industriel, dénommé usine moderne, doté d'une charpente métallique en dents de scie (sched), possédant, entre autres, chauffage central, électricité, bureau, ateliers, magasin de pièces détachées.

Un article, en date du 6 février 1921, paru dans Le Nogentais et portant sur la constitution de la société, montre que la production avait été diversifiée :
«... fabrique de pianos automatiques, appareils automatiques et instruments de musique ; scierie ; la fabrication et le commerce de caissettes à primeurs, caisses d'emballage, tous travaux concernant l'industrie du bois de toute essence ; la vente et l'exploitation de four à chaux... ». Il faut souligner que lors de la Première Guerre mondiale, la fabrication de pianos fut suspendue et l'entreprise se transforma en scierie afin de confectionner des caisses à munitions. Sur les soixante employés de l'établissement, onze d'entre eux étaient détachés du Service de la main-d'œuvre. Des caisses d'emballage à destination des maraîchers sortirent également de l'usine.

Céleste et Camille Magnan, demeurant 24 bis, rue de la Herse à Nogent-le-Rotrou, décidèrent de séparer leurs biens propres de ceux de l'entreprise. À cette fin, ils fondaient, le 8 janvier 1921, une société en nom collectif et en commandite simple Magnan frères et compagnie, constituée aux termes d'un acte reçu par Me Gilles, notaire à Nogent-le-Rotrou.

Pianos Magnan

Le 28 novembre de cette même année, la société était dissoute par les deux frères. Quelles étaient les raisons motivant cette décision ? Pressentaient-ils le remplacement des pianos mécaniques par les phonographes ? Le lendemain, soit le 29 novembre, ils vendaient l'ensemble des biens corporels et incorporels à la Société de Fabrication d'Instruments de Musique Pneumatique, anciens établissements Limonaires frères, dont le siège était situé à Paris, 5, avenue de l'Opéra. Il est probable que les frères Magnan continuèrent à diriger les ateliers nogentais.

La S.El.M.P., suite à une liquidation judiciaire, se voyait saisir ses biens situés à Nogent-le-Rotrou et Margon. Le 11 octobre 1925, l'usine de Ruet et l'usine moderne étaient adjugées respectivement à Louis-Joseph Marchand et Marcel Boutet. Le 31 janvier 1926, après une folle enchère (cette procédure permet à une personne, une fois l'affaire adjugée et dans un délai légal, de renchérir et donc de faire procéder à une nouvelle mise à l'encan), le bien situé rue de Ruet était définitivement vendu à Louis-Joseph Marchand, qui devenait ainsi propriétaire des trois moulins. Quant à l'usine neuve, elle était achetée par Jules Piano, demeurant à Nice. C'était l'un des six fabricants et créateurs de pianos mécaniques de cette cité, haut lieu de ce type d'industrie.

Avant que n'intervienne la fermeture de l'entreprise, Louis Beldi et son épouse, née Ferré, fondaient l'établissement Beldi-Ferré le 18 avril 1924 au 25, place Saint-Pol. La principale activité du fondateur, à côté de la réparation et restauration de pianos automatiques, consistait à la pose de clous sur les cylindres qui lui étaient livrés. Il créait également ses propres mélodies et ne les déclaraient pas afin d'épargner à sa clientèle le paiement de taxes liées à la composition de ses airs. En effet, la société ÉDIFO, 80, rue Taitbout, à Paris, ancêtre de la SACEM, se chargeait de percevoir les droits d'auteurs pour les artistes. Trois employés étaient présents dans cet atelier qui ferma ses portes le 31 décembre 1934. Ils furent victimes de la commercialisation massive du phonographe. Une inscription gravée dans le bois de la façade d'un piano automatique démontre qu'un autre atelier a existé à Nogent-le-Rotrou :

" Pianos automatiques
Wattebled et Kemblinsky
13, Rue Charronnerie, 13
Nogent-le-Rotrou ».

Cependant, nous ne disposons d'aucune date se rapportant à l'existence de cet atelier. MM. Wattebled et Kemblinsky avaient fait partie du personnel de l'entreprise Magnan. Le premier était chargé de la maintenance et des changements de cylindres auprès des cafetiers et restaurateurs qui désiraient proposer de nouveaux airs à leur clientèle. Lucien Kemblinsky était spécialisé dans les réglages musicaux des cylindres. De plus, il était le chef de musique de l'harmonie municipale de Nogent-le-Rotrou.
Après ces diverses tentatives, nul ne poursuivit la conception et la fabrication de pianos automatiques à Nogent-le-Rotrou.

2. La fabrication

Le piano mécanique ou automatique était un instrument de musique dont le mécanisme était formé d'un cylindre de bois porteur de pointes qui sous l'effet d'un moteur à ressort, remonté par une manivelle, était mis en rotation et actionnait une rangée de marteaux correspondant à des cordes tendues sur un sommier.


De grandeur et de forme variables, le piano mécanique était agrémenté de castagnettes et de cloches. Machine à sous des cafés, restaurants, salles de bal, il connut une grande vogue au début des années 1900. Le répertoire de cet appareil était limité aux nombres de mélodies inscrites sur le rouleau.

 

Références bibliographique et contibution :
Claude et Gwénaëlle Hamelin "Les Industries Percheronnes" Fédération des Amis du Perche 30 novembre 2003.

Mise à jour le Mercredi, 16 Décembre 2009 15:36