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logo Tannerie Gaté

La cité de Nogent-le-Rotrou abritait par le passé moult tanneries. Le site était, il faut le souligner, propice à cette activité si l'on tient compte de l'abondance des cours d'eau l'arrosant. L'importance de ce métier se lit encore aujourd'hui dans le tracé urbain de Nogent-le-Rotrou. En effet, la ville possède une rue nommée rue des Tanneurs, souvenir du Moyen Âge où les professions étaient regroupées par spécialité. À la fin du XIXe siècle, il existait quatre tanneries qui connurent différents propriétaires.

Une dynastie de tanneurs

La plus importante était sans nul doute la tannerie Gâté. Fondée en 1848 par Michel Gâté, elle fut implantée aux bords de la Ronne. L'entreprise prenait le nom de tannerie Gâté-Richard lorsque Michel épousa Désirée Richard.

La production se développant régulièrement, l'espace devint trop étroit. Il s'avérait indispensable de se mettre en quête d'un nouveau site. La tannerie Gâté-Richard quittait son lieu originel, qui fut vendu à M. Quinton, en 1882. Ce dernier transforma la tannerie en manufacture de chapeaux et galoches.

Dès 1881, les époux Gâté-Richard avaient en effet effectué plusieurs achats de biens immobiliers dans le dessein de transférer la production. Ils se portèrent acquéreurs des bâtiments situés au 54, rue Saint-Hilaire. Les années suivantes, en 1882 et 1883, ils procédaient à l'achat d'immeubles et de terrains rue de la Mâlerie, qui furent aménagés en tannerie, habitations et jardins pour les employés. Ce site abritait auparavant une ancienne usine de produits chimiques.
Le couple Gâté-Richard devint propriétaire, en 1881, de la villa Saint-Hilaire, rue des Gauchetières (parc de la clinique Saint-Jean), afin d'y installer leur résidence.

Ils eurent quatre enfants dont deux décédèrent en bas âge. Ils firent le partage de leurs biens entre leurs deux enfants survivants, Camille et leur fille Marie, le 14 mars 1895 par devant M" Gilles, notaire à Nogent-le-Rotrou. Marie épousait un jeune contremaître, Henri Villette. L'entreprise prenait alors le nom de tannerie Gâté fils et gendre. Camille se consacrait au métier de tanneur tout en s'adonnant à sa passion, la sculpture. Il mourut en 1900 à l'âge de 44 ans.

La tannerie fut alors dirigée par Henri Villette. Désormais, elle portait le nom de tannerie Villette-Gaté.

Henri et Marie eurent un fils, Pierre, dont le parrain n'était autre que Paul Deschanel. Le 6 avril 1920, il épousait Madeleine Roussard, fille de Paul Roussard, qui succéda à Henri Villette-Gaté à la mairie de Nogent-le-Rotrou, du 17 mai 1925 au 7 décembre 1936.

Pierre s'initia aux affaires de la tannerie familiale, tant sur le plan technique que commercial, auprès de son père. Ingénieur chimiste de l'Institut lyonnais, il lui succéda naturellement à la tête de l'entreprise lorsque celui-ci décéda en 1928.

En juin 1944, la tannerie subissait des bombardements et une partie de ses bâtiments était détruite. Dès la Libération, intervenue le 11 août 1944 pour la cité nogentaise, la production de cuir pour semelles, spécialité de la tannerie reprenait très rapidement. .Elle fut effective après des travaux et aménagements dans les ateliers.

Depuis la création de l'entreprise, les méthodes de travail avaient très peu évoluées et le tannage restait encore très long, malgré l'apport de produits chimiques abrégeant sensiblement la transformation des peaux en cuir.

Dans les années qui suivirent la Seconde Guerre mondiale, Pierre Villette confiait qu'une part du marché étranger lui échappait. En effet, le cuir à semelles n'avait pas cours en Amérique du Nord, entre autres, où les chaussures reposaient sur d'autres matériaux, tels le caoutchouc et le crêpe. Il souhaita rester fidèle aux anciens procédés de tannage, qui assuraient la qualité de ses cuirs et la réputation de son établissement. Ce facteur, conjugué à une forte concurrence industrielle, entraîna la cessation d'activité.

Dernière tannerie d'Eure-et-Loir, l'établissement Pierre Villette fermait ses portes le 31 décembre 1959, mettant ainsi fin à trois générations de tanneurs.

Les bâtiments

La tannerie Gâté était spécialisée dans le cuir à semelles. Cette fabrication demandait des peaux épaisses et nerveuses. Celles-ci étaient peu achetées localement. L'entreprise se fournissait dans des régions où le bovin était utilisé comme animal de trait ou dans des pays dont les troupeaux vivaient à l'état sauvage comme en Tchécoslovaquie, en Italie, en Argentine, à Madagascar (peaux de zébus), entre autres.

Le travail du cuir était très long et complexe. Plusieurs opérations régissaient la transformation des peaux. Dans un premier temps, afin de les débarrasser des poils et restes de graisse animale, les peaux étaient trempées dans de grands bassins. Cette opération était appelée « travail de rivière», du nom du procédé employé autrefois pour le lavage des peaux dans les cours d'eau. Ensuite, intervenait le tannage proprement dit. Les peaux séjournaient plusieurs mois dans des cuves, suivant le modèle de cuir souhaité. Trois types de tannage existaient :

- le tannage rapide où les peaux restaient quatre mois dans une solution à base d'alun ;

- le tannage moyen où les peaux couchées étaient mises au contact du tan, tiré de l'écorce de chêne ;

- le tannage lent, qui était une combinaison des deux premiers et où les peaux passaient huit mois dans les fosses.

Après le tannage, il fallait travailler les cuirs. Cette action s'appelait « cor-roierie ». Elle se composait du séchage, du lissage, du décrassage des cuirs et enfin ultime phase, du martelage qui renforçait la fermeté du cuir par compression des fibres.

Malgré la longueur de toutes ces opérations, la tannerie nogentaise traitait, en 1948, six cents peaux par mois.

Tannerie usine

La tannerie fondée en 1848 était située sur les bords de la Ronne et le site de la rue Saint-Hilaire était bordé par le ruisseau des Viennes. Par contre celle de la Mâlerie ne possédait pas de cours d'eau, mais était dotée d'un puits lui permettant de s'approvisionner. Toutefois, il fallait résoudre le problème des eaux usées. Les dirigeants firent construire un aqueduc dallé qui passait sous la gare, longeait l'avenue de la Gare, rebaptisée avenue de la Victoire à la fin de la Première Guerre mondiale, traversait le carrefour et la rue Saint-Hilaire, passait sous la propriété face à l'église et débouchait dans l'Huisne. L'ensemble de ce réseau de canalisations est toujours existant et reçoit les eaux pluviales de ce quartier.

L'entrée de la tannerie était située me de la Mâlerie avec, à gauche, la conciergerie, la cheminée et le bâtiment. Ces structures, à l'exception de la conciergerie ont été détruites lors d'un bombardement américain en juin 1944.

Les ouvriers

En 1888, l'entreprise employait 55 personnes réparties sur les deux sites de production. Il semble qu'au début des années 1910 la production fut essentiellement effectuée à la tannerie de la Mâlerie.

usine Tannerie
Références bibliographique et contibution :
Claude et Gwénaëlle Hamelin "Les Industries Percheronnes" Fédération des Amis du Perche 30 novembre 2003.

Mise à jour le Mercredi, 16 Décembre 2009 15:34